Un Pas de côté est né d’un séjour dans le Kérala, au cours duquel j’ai entrepris l’écriture d’un texte théâtral à la lisière d’une nouvelle et d’un journal de bord. Il s’aventure avec humour autour des questions du départ, du besoin de césure, du pas de côté, nécessaires parfois pour se recentrer, pour reprendre son souffle, tout en questionnant les rapports sociaux, politiques et intimes qui sous-tendent ce type de voyage. Ce besoin d’arrêt peut annoncer aussi la fin ultime, celle dont on se détourne, dont on ne souhaite généralement pas parler, pour ne pas risquer de la provoquer.
Mais la question est plus universelle : où chacun peut-il aujourd’hui reprendre son souffle aujourd’hui ? A l’heure de l’accélération des rythmes de vie, des horizons numériques, du surplus informationnel, des guerres, peut-on (encore) s’autoriser cette parenthèse ? A quel moment ? Pourquoi ? Quelles conditions doivent être réunies ? Quel est ce besoin de pause, d’arrêt, de suspens, de vacance ? Est-il le reflet d’un essoufflement ou l’intuition d’une renaissance déjà à l’œuvre ?
Il est ici question d’un possible départ pour on ne sait où, à un moment particulier d’une vie.
Celui qui parle est un artiste, plasticien, à l’âge indéterminé, un peu raté, dépassé par les événements et son époque se dédouble. Il parle à la deuxième personne du singulier. Avec ce tutoiement, il porte un regard critique ou bienveillant sur lui-même.
Le texte est construit en deux parties.
La première apparaît comme une recherche sur les nécessités de ce départ. C’est aussi un état des lieux, alternativement pitoyable ou réconfortant, d’une vie ordinaire, celle d’un artiste. Qu’est-ce donc qui a eu lieu et rend incontournable ce départ ? Et de quel départ s’agit-il ? Pour quelle destination ? Ces énigmes ne sont pas résolues.
Dans la deuxième partie, le voyage a lieu. Le personnage est à l’aéroport puis fait le récit de son arrivée en Inde au Kerala, dans un centre de soins ayurvédique sous la forme d’un journal de bord. Ce dernier alterne, avec humour, entre compte-rendu d’expérience et regard interrogatif sur celle-ci et son contexte économique et social. L’irrésolution du désormais curiste contraste dans un monde où tout est cadré, défini, ritualisé. Dans ce contexte revient à la surface son passé dans ce pays et son lien amoureux autrefois avec Arjun avec lequel le contact a perduré. Avant le décollage, ce dernier se rappelle à son souvenir et lui demande de l’aide pour émigrer en France…
Clyde Chabot




